Les pèlerinages d'IVI

Pèlerinage en Europe centrale

En route vers soi-même sur les routes d’Europe

De retour du pèlerinage d’Invitation à la vie dans les pays d’Europe centrale, je tentai d’expliquer à quelques amis, qui n’appartiennent pas à cette association, et qui me trouvaient rayonnante, ce que j’avais fait là-bas : de Paris à Prague, de Cracovie à Zakopane, de Bratislava à Vienne…

Grand Place de Cracovie

La Grand Place de Cracovie

Un périple au long de ces villes magnifiques, chargées d’une histoire riche mais souvent tragique, un voyage en autocar de plus de 3000 km avec près d’une centaine de personnes… À bord du bus dès huit heures et demie du matin, nous ne le quittions souvent que vers six ou sept heures du soir. Des heures et des heures passées ensemble sur ces routes de l’Europe centrale, au cœur d’une nature magnifique, de forêts aux multiples tons de vert, de champs du jaune éblouissant du colza et des pissenlits, ou encore du violet des champs de lupins.

Soucis, espoirs et désirs

Je disais à mes amis que nous avions vécu une sorte de thérapie de groupe avec comme base la prière, le chapelet qui élève la vibration, nous recentre, ouvre nos âmes et nous délivre de tout jugement. Je leur racontais comment nous venions au micro, chacun à notre tour. D’abord les plus téméraires ou ceux qui en avaient gros sur le cœur. Ils racontaient pourquoi ils se trouvaient là, ce qu’ils venaient chercher dans ce pèlerinage. Parfois une région, ou une ville traversée, rappelait des souvenirs. Les témoignages se succédaient comme des touches d’abord légères puis de plus en plus denses, intenses et précises au fur et à mesure des jours passés ensemble, dévoilant les soucis, les espoirs, les désirs de transformation de chacun. Lentement, au cours des kilomètres effectués, une palette multicolore faite des difficultés et des aspirations individuelles apparut.

Des préjugés à la complicité

Certains thèmes furent abordés encore et encore et dominèrent les autres : trouver sa place d’homme ou de femme dans le couple et dans la société ; savoir vivre dans le temps présent qui, seul, peut nous apporter le bonheur car il nous protège des pièges de l’autodestruction, à savoir les regrets et les culpabilités du passé et les inquiétudes pour l’avenir. Pour vivre l’instant, il faut savoir à tout moment se centrer sur soi-même et devenir canal d’amour entre le ciel et la terre. Les témoignages s’approfondissaient et s’affinaient au cours des kilomètres parcourus, grâce à l’écoute respectueuse des passagers du car. Par cette plongée dans nos émotions et la vie de notre âme, nous découvrions peu à peu certains aspects de notre psyché et de notre véritable essence. En nous épurant, ces témoignages nous rapprochaient, faisant naître une complicité entre tous. Nous découvrions que les autres souffraient de choses semblables aux nôtres, affrontaient les mêmes problèmes et, bientôt, les barrières créées par nos caractères, nos préjugés, s’effaçaient, les irritations se dissolvaient et une douceur et une complicité s’installaient entre nous au sein du car. Les émotions fusaient, les larmes et les rires, mais la douceur restait.

Durant le voyage, il y eut un va-et-vient constant : certains arrivaient, d’autres quittaient le car en cours de chemin. Les nouveaux arrivants s’intégraient rapidement dans cette osmose lentement créée.

« Ne vous appesantissez pas sur le passé »

Même le passage à Auschwitz ne fut pas trop douloureux. Nous priâmes devant les barbelés de Birkenau tandis que le soleil se couchait sur le camp ; le drapeau d'Invitation à la Vie était agité par une légère brise qui sécha les larmes de certains d’entre nous. « Ne vous appesantissez pas sur le passé », nous avait prévenus Yvonne avant d’arriver devant ce camp de l’horreur.

Camp d'Auschwitz

Camp d'Auschwitz

J’appréhendais cette halte : j’étais allée une fois à Auschwitz, il y a cinq ans, lors d’un voyage organisé aux Pays-Bas par le Comité International d’Auschwitz, créé après la guerre par la mère de l’ami avec qui je viens de vivre dix ans. Avec deux bus, comme nous cette fois-ci, nous avions fait en une semaine le tour des camps de concentration : Auschwitz, Birkenau, Bergen Velsen, Sobibor. À bord de ces cars, un groupe de 80 personnes, anciens déportés, thérapeutes spécialisés dans les troubles de la ″deuxième génération", les fils et filles des survivants, des jeunes, beaucoup d’origine juive, qui venaient rendre hommage à ceux de leur famille ayant disparu dans cette tourmente, et puis d’autres, comme moi, qui accompagnaient quelqu’un. Je me rappelle toutes les larmes que j’ai versées devant les horreurs que j’entendais et surtout devinais, je me rappelle mon émotion lors du kaddish récité à Auschwitz par le rabbin dans une petite pièce sombre qui servait de lieu de recueillement et de prière au sein d’un bâtiment. Je me souviens aussi de mon sentiment d’impuissance. Je me sentais écrasée en dépit de ma prière constante.

Cette fois-ci, entourée par mes frères et sœurs unis dans une prière extrêmement intense, à la fois forte et légère, je pus dominer cette intense tristesse, ces larmes. J’étais tellement heureuse de pouvoir faire quelque chose, de participer à la libération de ce lieu et je sentis qu’un revirement avait lieu en moi. Je ne devais plus porter ce que je portais depuis si longtemps maintenant.

Ville somptueuse, décor magnifique

Descente des gorges de Dunajek en radeau

Descente des gorges de Dunajek en radeau

Quelques autres moments forts de ce pèlerinage : la présence d’Yvonne dans notre bus pendant deux jours et demi, ses paroles et l’intensité des témoignages. Mais aussi la visite de Prague, ville somptueuse aux allures de décor, et la descente des gorges de Dunajek en radeau. Nous étions une dizaine à bord de ces embarcations de bois dirigées par deux marins experts sur une rivière parfois tumultueuse et dans un décor magnifique, entre la Pologne et la Slovaquie. La prière du petit matin à Zakopane sur une terrasse de bois dans un décor de hautes montagnes aux sommets encore enneigés et les troupeaux de moutons clochetant au loin, la prière et les chants si doux dans l’église Sainte-Anne de Cracovie, alors que le Président polonais de passage dans la ville donnait une conférence de l’autre côté de la rue, la visite de Vienne et les explications sur les desseins de Hitler que me donna l’un des pèlerins : Hitler s’intéressait à l’ésotérisme et l’utilisa dans sa domination du peuple allemand. Il savait ainsi que la cathédrale Saint-Etienne de Vienne était placée au croisement de quatre grandes lignes de force et que, de tout temps, les prières au sein de l’édifice alimentaient de forces vives ces veines du dragon. C’est pourquoi il construisit, à quelque distance de l’édifice sur chacune de ces veines, des bunkers de béton énormes et massifs qui disparaissent à moitié sous terre, mais qu’on peut encore voir émerger çà et là. Ils bloquent les énergies telluriques de la ville. D’ailleurs beaucoup d’entre nous ont ressenti Vienne, de même que Prague, comme des lieux chargés d’histoire et aux énergies pesantes.

En revenant de ce pèlerinage, j’avais le corps fatigué par les kilomètres en bus et le manque de sommeil, mais je me sentais forte et libérée. J’avais le sentiment d’avoir déposé quelque chose de lourd et de pouvoir continuer à aller de l’avant.

Lucie, mai 2006

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